Conservation des habitats d’oiseaux

Laisser un commentaire
Pin It
image_pdfimage_print

Haies, vieux arbres, prairies de fauche et pâturages

Espèces concernées :
– Petit-duc scops Otus scops
– Torcol fourmilier Jynx torquila
– Huppe fasciée Upupa epops
– Chevêche d’Athéna Athene noctua
– Pie-grièche à tête rousse Lanius senator
– Pie-grièche grise Lanius excubitor.

| Pie grièche à tête rousse | Huppe fasciée |
| Pie grièche à tête rousse | Huppe fasciée |

Les différentes espèces regroupées ci-dessus ont deux points communs : le premier est de figurer parmi les espèces les plus prioritaires en Isère pour bénéficier d’actions de conservation de part la faiblesse de leurs populations ; le deuxième est qu’elles utilisent des types de milieux ou des sites de nidification similaires (de type verger traditionnel, pâturages et prairies de fauche avec forte densité d’insectes et petits mammifères, ainsi que, pour plusieurs d’entre elles, des trous d’arbres pour nicher). C’est ce qui justifie leur place dans le cadre d’un programme de conservation commun.

—-

1. Problématique

Les habitats des espèces citées ont la particularité d’être  » ordinaires « . Par conséquent, ils ne bénéficient d’aucune mesure de protection forte et ont en commun une urbanisation croissante depuis quelques années ainsi qu’une modification des pratiques agricoles. Ces espèces font l’objet d’un suivi très régulier et sont, de part leur importance en terme de taille de population, un enjeu prioritaire de conservation.

Ces espèces vivent principalement dans les zones de bocage, dans les haies de vieux arbres et dans les vieux vergers. Les chevêches profitent également de la présence de bâtisses diverses (vieilles granges, remises, toitures ouvertes de fermes) pour établir leur résidence. Les secteurs de chasse utilisés sont avant tout les prairies pâturées et les prairies de fauche. Les oiseaux y trouvent leur nourriture en grande quantité : insectes, vers et petits rongeurs forment la majeure partie de leur régime alimentaire.

Les paysages ruraux que l’on connaît sont presque tous façonnés par l’agriculture, et les espèces animales que l’on y trouve se sont adaptées à ces milieux de substitution. L’évolution et les changements des pratiques agricoles, qui interviennent directement sur ces biotopes – refuges, sont à la base de la diminution alarmante des populations de chevêches :

– disparition des prairies de fauche et des vergers, au profit des cultures céréalières intensives
– remembrement des parcelles, signifiant l’abattage des haies
– abattage des saules – têtards
– abandon et destruction des vieilles bâtisses

Une espèce menacée comme la chevêche d’Athéna, ainsi que tout le cortège d’espèces qui l’accompagne, évoqué plus haut, n’est viable dans une région donnée qu’à la seule condition que l’ensemble de la biodiversité soit conservé : outre l’habitat et la végétation qui le compose, la présence des espèces – proies est d’une importance capitale pour la protection d’oiseaux très vulnérables.

Le maintient d’un paysage varié, passant par la conservation des vergers, des prairies de fauche et des pâturages entourés de haies, mais également par la limitation des pratiques agricoles intensives, est essentiel pour la conservation de la biodiversité. Il est indispensable que chaque commune participe à la prise en compte de ces espèces sensibles, menacées au niveau national.

—-

2. Eléments visés par des actions :

2.1. Vergers

Les vergers sont l’habitat préférentiel du cortège d’espèces que nous avons évoqué. La présence d’arbres âgés, offrant de multiples cavités permettant la nidification des oiseaux, ainsi que le sol herbeux accueillant les proies nécessaires (insectes et micromammifères), sont d’excellentes conditions réunies pour favoriser la présence de l’avifaune.

2.2. Haies

Les haies présentent les mêmes avantages que les vergers : plantées en bordure d’une parcelle enherbée (prairie de fauche ou pâturage), elles sont accueillantes pour l’avifaune à condition de disposer de nombreuses cavités. Les vieux arbres recèlent de ces abris, mais également servent de gîtes pour des insectes qui sont les proies des oiseaux.

| Haie | Haie |

2.3. Pâturages

Les pâturages sont d’excellents terrains de chasse, l’herbe rase permettant la chasse des micromammifères, les piquets de clôtures servant de perchoirs d’affûts et les défécations des ruminants attirant les insectes ; autre ressource alimentaire. Nous reviendrons sur ce dernier point en 2.7.

2.4. Prairies de fauche

Les prairies de fauche, par la diversité des espèces végétales que l’on y trouve, sont une aubaine pour les oiseaux : micromammifères et insectes se partagent cet habitat, et offre une importante ressource alimentaire.

2.5. Vieilles bâtisses

Les vielles bâtisses, comme les granges, fermes, dépôts de matériel agricole et hangars divers, servent, grâce à toutes les cavités qu’elles offrent dans leurs murs et toitures, à abriter différentes chouettes, dont la chevêche d’Athéna et l’effraie des clochers (Tito alba). Leur entretien, afin d’éviter l’abandon et la mise en ruine, est donc important pour conserver des sites de nidification et des abris.

Batisse

2.6. Enherbement des vignobles

Sur des secteurs du Grésivaudan, sur la commune de Chapareillan notamment, il serait intéressant de développer les parcelles de vignes enherbées : cela permettra de limiter l’usage des herbicides, mais également favorisera la présence d’insectes, source de nourriture de la huppe fasciée et du torcol fourmilier. D’après des viticulteurs locaux, les insectes ainsi attirés ne sont pas nuisibles à la culture du raisin. Seul inconvénient : un travail supplémentaire d’entretien, mais cela pourrait être pallié par un C.T.E.

—-

2.7. Limitation de l’usage des pesticides et des produits vétérinaires

L’utilisation de produits vétérinaires pour traiter bovins, équins, ovins et caprins ont des conséquences négatives sur l’écosystème d’un pâturage. Un produit comme l’ivermectine, largement utilisé depuis le début des années 80 pour la lutte antiparasitaire des animaux d’élevage, est très dommageable pour la faune coprophage se nourrissant d’ordinaire des défécations ce ces animaux. En effet, sensé agir dans les intestins des ruminants, ces produits continuent de jouer leur rôle d’insecticide dans les matières fécales pendant une longue période et sont un problème majeur pour la faune non-cible des pâturages.

Copro

Une étude du Ministère de l’Environnement (programme PNETOX) a montré que 143 jours après un traitement par bolus d’ivermectine (bolus intestinal, libérant pendant plus de 4 mois de l’ivermectine), le bétail rejetait des bouses dont l’effet toxique était encore significatif (Erroussi et al.). Outre l’impact négatif sur les insectes coprophages, les effets induits ne sont pas négligeables : les matière fécales, stérilisées par les insecticides, ne sont plus décomposées et s’accumulent. De plus, le haut de la chaîne alimentaire, chauves-souris et oiseaux prédateurs (insectivores) en particulier, sont sujets à l’intoxication par l’accumulation de ces produits à travers la consommation de leurs proies.

—-

3. Moyens à mettre en œuvre

3.1. Mesures simples

Des mesures simples de conservation d’habitat peuvent être mises en place ; celles-ci concernant principalement les petits propriétaires privés.

Classiquement, nous proposons ceci :

ACTION N°1 : SAUVER LES VIEUX ARBRES ET LES ABRIS EN PIERRE DE NOS CAMPAGNES

Beaucoup de personnes considèrent que bien entretenir une haie, un verger consiste à supprimer tout ce qui est vieux, qui ne produit plus et qui est  » moche « . Ils oublient, souvent pas ignorance, la richesse qu’offre un vieil arbre comme source de nourriture pour beaucoup d’oiseaux, comme site de nidification et de vie pour de nombreuses espèces d’insectes, d’oiseaux ou de mammifères.

J’AGIS :

=> Je suis vigilant aux décisions qui sont prises dans ma commune dans le cadre d’un remembrement ou de la mise au point du Plan Local d’Urbanisme (qui remplace les anciens POS), je contacte le CORA Isère si des dispositions prévoient l’abattage et/ou l’arrachage d’arbres.
=> Je recense les vieux arbres existants sur ma commune. J’observe la vie animale autour de ces arbres. Je recherche le propriétaire (plan cadastral disponible dans toutes les mairies) et je le contacte pour le sensibiliser et l’inciter à garder son arbre.

=> Je repère les abris en pierre dans la campagne. J’évalue leur état et je fais un inventaire faunistique du site.

=> Je participe à l’entretien des « arbres taillés en tétards ».

=> Dans tous les cas, quand une chevêche est présente dans un arbre ou un abri, je contacte le CORA Isère pour protéger le site.

—-

ACTION N°2 : AUGMENTER LES SITES DE REPRODUCTION

Le remembrement, la destruction de vergers, la rénovation des vieux bâtiments contribuent à diminuer le nombre de sites potentiels de reproduction.

J’AGIS :

=> Je préviens le CORA Isère quand je suis témoin de l’arrachage d’une haie ou d’un vieil arbre sur ma commune. Pour essayer de compenser la perte d’un site naturel, je pose un nichoir. En Isère, le CORA utilise ce modèle et peut vous le procurer ou vous donner les plans pour sa construction. Tous les conseils pour la pose vous seront donnés.

Nichoir artificiel

=> J’aménage les sites naturels pour les rendre favorables à la nidification de la chevêche. Certains vieux arbres ont des cavités béantes. Il suffit de réduire le diamètre du trou. De la même façon on peut aménager des trous dans des ruines ou y placer un nichoir.

—-

ACTION N°3 : PLANTER DES ARBRES

Cette action ne semble pas présenter d’urgence : les arbres que nous plantons aujourd’hui ne seront utiles à la chevêche que dans plusieurs dizaines d’années. Mais bien gérer c’est prévoir l’avenir.

J’AGIS :

=> Je contacte mes responsables communaux et je leur propose d’engager des opérations de plantations d’arbres sur les terrains communaux. Pour la chevêche on proposera des saules, des mûriers ou des arbres fruitiers à hautes tiges. De telles plantations présentent deux intérêts : faunistique et paysager.

=> Je demande la plantation d’arbres lors de l’élaboration du Plan Local d’Urbanisme dans ma commune.

=> Chez moi, je plante une haie variée avec plusieurs essences locales et non pas une haie uniforme sans intérêts pour la faune. Une brochure donnant des informations sur la plantation des haies a été éditée par le Conseil Général de L’Isère. Pour plus de renseignements, je contacte le CORA Isère.

=> Et pourquoi pas, je milite dans ma commune pour la création d’un verger communal à haute tige. La solidarité communale (plantation, entretien, ramassage des fruits) pourrait s’en trouver grandement renforcée.

—-

ACTION N°4 : MAIS ENCORE

=> La route tue beaucoup de chouettes. Alors je lève le pied et je conduis à une allure raisonnable, surtout la nuit, au petit matin et au crépuscule.

=> Je suis attentif aux abreuvoirs mis en place pour les animaux dans les prairies. Je les contrôle en particulier au moment de l’émancipation de jeunes chouettes (à partir de juin), car celles-ci peuvent s’y noyer.

=> Je signale au CORA Isère les poteaux téléphoniques creux.

—-

3.2. Mesures Agro – Environnementales

Les C.T.E. , actuellement obsolètes mais dont nous attendons la nouvelle mouture (C.A.D., i.e. Contrats Agriculture Durable), sont des outils de première importance pour travailler dans le sens d’une protection des habitats avec le monde agricole. Le principe de base du C.A.D., qui est d’améliorer le potentiel économique d’une exploitation agricole tout en contribuant à une meilleure gestion des territoires et de l’environnement, nous intéresse particulièrement pour mener à bien nos travaux. Nous comptons donc sur leur reconduction prochaine pour disposer de moyens d’action efficaces en faveur de la protection et du maintien des habitats.

Si cette reconduction est effective, les C.A.D. pourraient servir de base de travail pour établir des conventions avec les agriculteurs intéressés. Ces conventions s’appliqueraient à des parcelles de terrain reconnues comme étant favorables et accueillant chevêches, huppes, torcols ou petits-ducs. Il serait également intéressant de connaître les propriétaires des granges et bâtisses diverses identifiée comme étant des gîtes pour les chevêches.

3.3. Sensibilisation des particuliers

Certains particuliers sont propriétaires de parcelles entourées de haies, de vergers ou de bâtisses diverses accueillant les oiseaux cités plus haut. Un travail d’identification des propriétaires et de sensibilisation est alors à mettre en œuvre pour informer et proposer des actions simples de sauvegarde d’habitat.

3.4. Séances d’information publiques

Espérant toucher un large public, composé à la fois d’agriculteurs, de propriétaires privés et d’élus chargés des questions d’environnement pouvant gérer des actions à grande échelle, nous avons proposé à 19 communes concernées par une bonne représentation des espèces qui nous intéressent d’organiser des réunions publiques d’information. Nous exposerons alors notre problématique de travail et présenterons les espèces concernées dans le but de sensibiliser un public le plus large possible à la disparition d’espèces menacées. Nous proposerons également les premières mesures de conservation simples à mettre en place.

3.5. Communications diverses

En marge des communications orales que nous pourrons faire, nous avons pour projet de diffuser l’information nécessaire le plus largement possible de manière écrite, dans des quotidiens, des magasines, des circulaires d’associations d’agriculteurs. Le journal Terre Dauphinoise, ainsi que le Dauphiné Libéré, nous semblent parfaitement convenir à ce type de communication.

Marie-Paule de Thiersant,
Laurent Majorel
et Jean-Baptiste Strobel.

—-