Avifaune des prairies de fauche

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Chargés de mission : Etienne Dupoux
Référent bénévole : Gérard Goujon

Les prairies de fauche sont des milieux qui hébergent une grande diversité faunistique. Face à leur régression inquiétante le Parc naturel du Vercors a souhaité réaliser un suivi des oiseaux prairiaux à travers l’observatoire national des écosystèmes prairiaux.
Grâce à ce suivi, la LPO Isère a pu détecter dans le périmètre du Parc, la présence d’un oiseau très rare et fortement menacé en France : le râle des genêts…

Présentation de l’étude

En Europe comme en Amérique du Nord, la réduction et la fragmentation des surfaces de prairies associées aux changements de pratiques agricoles sont identifiées comme les principaux facteurs de régression des populations nicheuses de passereaux de prairies de fauche.
Les données recueillies par L’Observatoire National de l’Ecosystème Prairies de Fauche (ONEPF) depuis 2001 montrent que les peuplements d’oiseaux prairiaux ne subsistent en France que dans deux situations écologiques bien spécifiques : dans les prairies d’altitudes et dans les prairies des plaines inondables.
Dans le cadre du suivi pluriannuel de l’avifaune des prairies de fauche du Parc Naturel Régional du Vercors, 21 stations d’écoute ont été suivies en 2007. Elles sont réalisées selon le protocole de l’observatoire national des prairies de fauche et les données (rentrées dans une fiche type) sont donc retransmises à l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage qui coordonne le suivi. Le suivi dans le PNR du Vercors répond à cinq objectifs :
– Quantifier et suivre l’évolution de la richesse ornithologique des prairies de fauches,
– Identifier les conditions nécessaires à l’équilibre démographique des oiseaux nichant dans les prairies d’altitudes et contribuer à la préservation de leurs habitats,
– S’inscrire dans le cadre de l’observatoire national de l’écosystème « prairie de fauche » de façon à avoir un cadre de référence national propre à mettre en perspective les résultats du suivi réalisé sur le Parc,
– Contribuer à la connaissance de la diversité biologique du Parc du Vercors
– S’intégrer dans l’observatoire écoclimatique du PNRV.

Dans la convention qui lie le PNRV et la LPO Isère, les actions à réaliser par cette dernière sont :
– Détermination des stations les plus représentatives et organisation du suivi ;
– Suivi des stations ;
– Synthèse et bilan annuel
– Formation de gardes verts au protocole.

Résultats du suivi

Suivi avifaunistique :
Avec 12 espèces caractéristiques des prairies de fauche, le Vercors est riche compte-tenu des différentes régions étudiées en 2005, d’autant plus qu’il s’agit d’un secteur d’altitude (la richesse spécifique diminue avec l’altitude). Avec 29 % des effectifs totaux, l’avifaune caractéristique des prairies de fauche est bien représentée : il ne s’agit pas d’un cortège banal (qui serait composé principalement d’espèces ubiquistes tel le Merle noir ou encore le Pinson des arbres).

Les espèces prioritaires des prairies de fauche les plus fréquemment rencontrées sont l’Alouette des champs, le Pipit des arbres, le Tarier des prés et la Pie-grièche écorcheur. Ces deux derniers sont classés « en déclin » sur la liste rouge des oiseaux menacés de France. Le statut de l’Alouette des champs est « à préciser » mais la diminution des populations est dorénavant avérée grâce au suivi STOC-EPS national.

Une excellente surprise provient de la présence du Râle des genêts où deux mâles chanteurs ont été contactés.

Les prairies de fauche
Sur les stations suivies, les prairies de fauche représentent en moyenne 80 % de la surface considérée par les relevés. Au 20 juin, la fauche a été entamée dans 4 stations. Le 4 juillet, la fauche est terminée sur une seule station et commencée dans 9 autres. L’essentiel de la fauche a lieu entre 4 et le 16 juillet puisqu’à cette dernière date, seules deux stations n’ont pas été complètement fauchées. De plus, l’année 2007 peut être considérée comme une année de fauche assez tardive compte tenu des conditions météorologiques (périodes d’ensoleillement restreintes). Chez le Tarier des prés comme chez d’autres passereaux prairiaux, les transports de proies ont généralement lieu entre le 1er et le 20 juin, ce qui signifie un envol des jeunes vers la fin juin. Lors d’une année classique (fauche non retardée par les conditions météorologiques), la fauche peut s’avérer précoce pour cette espèce et l’impact sur le succès de reproduction fort.

Bilan de l’étude

Présence du Râle des genêts :
La Ligue de Protection des Oiseaux, en partenariat avec un agriculteur de la Plaine de Grisail, a fait réaliser une fauche centrifuge sur 3 hectares environ et conserver des bandes refuges en continuité. La LPO a financé l’agriculteur à hauteur de 800 euros, mais cette aide est exceptionnelle et ne pourra pas être supportée chaque année par l’association.

Les fauches sont aujourd’hui trop précoces pour permettre au râle des genêts de mener sa nichée jusqu’à l’envol. Cette espèce, gravement menacée d’exctinction en Isère de même qu’au niveau national et européen, fournit rarement des indices de reproduction en Isère depuis plusieurs années. C’est une occasion de renforcer les réflexions sur les pratiques agricoles au sein du parc : il serait nécessaire, pour assurer le succès de reproduction du râle des genêts en plaine de Grisail, de définir une stratégie d’intervention, accompagnée de moyens financiers adéquats, pour la mise en oeuvre de pratiques agricoles favorables. Une rencontre entre le PNRV, la LPO et Drac Nature pour définir les possibilités de veille et d’action sur ce secteur est à organiser.

Les espèces « patrimoniales » :
Une attention particulière devra être portée à l’Alouette des champs, au Tarier des près et à la Pie-grièche écorcheur, étant donné leur statut de conservation défavorable. Des pratiques comme les retards de fauche, la conservation des haies et buissons et la limitation des pesticides sont favorables à ces espèces. L’observatoire national des prairies de fauche a déjà pu mettre en évidence certains points :
– la fertilisation azotée avance les dates de fauche ;
– la fertilisation azotée est plus intensive en montagne qu’en plaine ;
– les effectifs des passereaux prairiaux sont plus élevés pour des prairies dont le regain est pâturé que s’il est fauché, et un regain pâturé correspond à une première fauche plus tardive.

La conservation des surfaces de prairies de fauche est egalement essentielle (les prairies ont régressé de 7 % entre 1992 et 2003). Il a été démontré que plus la densité des territoires de Tarier des prés est élevée (la concentration des individus peut être imputable à la réduction des habitats disponibles), plus la proportion des territoires sur lesquels un indice d’éclosion des pontes a été obtenu est faible chez cette espèce. Il ne suffit donc pas de préserver certains sites localisés mais un ensemble d’habitats favorables sur un territoire plus vaste, démarche qui correspond pleinement à celle d’un Parc naturel régional.

Perspectives

– Reconduction en 2008 et ultérieurement, sachant qu’au moins cinq années de suivi sont nécessaires pour commencer à obtenir des résultats pertinents sur l’évolution des espèces.
– Deux demi-journées de formation des gardes-verts sont à effectuer.
– Il pourrait également être intéressant d’ajouter une station sur l’APPB d’Herbouilly, qui a fait l’objet d’un diagnostic faune en 2007, également à la demande du Parc.

Partenaires financiers et techniques : Parc naturel régional du Vercors, CORA Drôme, ONCFS.