La chouette effraie

Laisser un commentaire
Pin It
image_pdfimage_print

La chouette effraie ou effraie des clochers (Tyto alba) est un symbole de nos villages, longtemps assimilée à des histoires de fantômes. Elle fut crucifiée pendant des décennies sur les portes des granges pour conjurer le mauvais sort. Les temps ont évolué, son image aussi, certains lui ont changé son nom pour l’appeler la dame blanche ou des granges.

De mœurs bien particuliers, elle est très difficile à localiser mais souvent, elle laisse ces marques, comme des pelotes de réjections ou des fientes. On l‘aperçoit brièvement au détour d’un chemin ou d’une rue d’un village. L’effraie est opportuniste sur le régime alimentaire, elle prélève les proies les plus faciles à chasser, comme les campagnols.

En plaine de Bièvre, un des bastions de l’espèce, 14 clochers ont été visités en 2010 et il en est ressorti un constat alarmant : un seul a la présence de la chouette et ce, de façon régulière et très récente. Trois autres ont été fréquentés récemment mais que de façon ponctuelle. Pour les autres clochers, certains n’ont jamais eu de présence (cas rares) et d’autres ont été très fréquentés, il y a déjà un certain moment mais il n’y a plus de traces récentes.

Une des premières causes de mortalité des effraies dans notre pays est la percussion avec les véhicules sur le réseau routier. On estime entre 15 000 et 20 000 individus tués chaque année. La mort d’un des parents en période de reproduction ou d’élevage des jeunes entraîne, soit l’abandon de la couvée ou la perte de tout ou partie de la nichée.

La transformation des pratiques agricoles depuis une cinquantaine d’années a modifié le paysage. Les haies, talus, arbres, bocages, murets, bandes herbeuses disparaissent et donc les animaux qui en dépendent aussi et notamment les espèces proies. Son habitat c’est donc profondément métamorphosé. De plus, cette espèce qui est inféodée au bâti rural perd petit à petit ses sites de reproductions et de repos. Les accès aux combles sont bouchés, les habitats ruraux sont rénovés voir démoli, les clochers sont parfois grillagés, les granges sont remplacées par des hangars métalliques. Certes, il est vrai qu’elle peut être un hôte bruyant et une nichée par ces cris fait beaucoup de bruit et les fientes et pelotes que l’on retrouve peuvent ne pas faire propre. Toutefois de petits aménagements en dehors de la période de reproduction peuvent limiter ces petits dérangements.

Nichoir double chambre fabriqué par l’atelier nichoir du SAJ de l’APAJH de la-Côte-Saint-André – Photo. Franck Boissieux

L’influence des pesticides est considérable. La contamination est maximale au sommet de la pyramide alimentaire. Les prédateurs sont les plus contaminés. Chez les nocturnes, les autopsies ont démontré que c’est l’effraie qui subit les concentrations de polluants les plus élevées car c’est elle qui chasse le plus sur les terrains d’agriculture intensive. Le contenu des œufs a aussi été contaminé.

Une autre menace pesant sur l’espèce est l’électrocution. Elle représente, selon les pays, de 2 à 8 % de la mortalité connue, rien de surprenant avec 1.3 millions de kilomètres de lignes électriques et 20 millions de poteaux. Les lignes les plus meurtrières sont celles de moyenne tension.

Enfin la prédation par la fouine des œufs et des jeunes au nid est d’environ 1% dans les clochers sans doute plus dans les bâtiments agricoles. Les chats, renards et chiens doivent aussi certainement prélever quelques jeunes.

Il est difficile d’obtenir des informations sur les oiseaux nocturnes et nous en manquons. Par le biais du site de données www.faune-isere.org, vous pouvez saisir vos observations afin de faire avancer les connaissances sur la répartition de cette espèce. Le fait de poser des nichoirs peut aider les populations d’effraie. Si vous avez une âme de bricoleur pour fabriquer, poser et surtout suivre un nichoir et que vous avez ou connaissez une grange ou tout autre endroit propice où il peut être posé, si vous avez déjà posé un nichoir n’hésitez pas à nous contacter pour vous faire connaître et que l’on vous transmette le plan du nichoir et le protocole de suivi. En Isère, nous avons une quinzaine de nichoirs en service qui sont suivis à l’heure actuelle. D’autres vont être installés courant 2011. Pour une meilleure efficacité, il est important que toute personne ayant posé un nichoir ou connaissant quelqu’un qui en pose, nous informe afin de créer un grand réseau de nichoirs et d’observateurs, puisque le fait de centraliser les données permet d’améliorer les connaissances.

Pour que dans nos villages nous puissions encore avoir ce fantôme bien sympathique.

Lien cahier technique effraie des clochers : http://issuu.com/latomatebleue/docs/ct_effraie?mode=embed

Frank Boissieux, LPO Info n°26