• Accueil
  • »
  • Connaître
  • »
  • Le « Harp trap », un filet de capture original pour l’étude des chauves-souris

Le « Harp trap », un filet de capture original pour l’étude des chauves-souris

Laisser un commentaire
Pin It
image_pdfimage_print

 Le « Harp trap »,

Pour l’étude scientifique des chauves-souris, il y a souvent besoin de les avoir en main, pour l’identification précise des espèces, la réalisation de mesures biométriques, le sexage ou encore la pose d’émetteur de radiopistage. Cela nécessite leur capture, après autorisation légale car toutes les espèces de chauves-souris sont intégralement protégées en France.

On utilise traditionnellement pour la capture des filets « japonais », identiques à ceux qu’utilisent les ornithologues pour la capture et le baguage des oiseaux. Ces filets sont en nylon très fin, avec des mailles comme un filet de pêche. Ils peuvent mesurer environ quatre mètres de haut et une dizaine de mètres de large et sont tendus entre deux perches, par exemple au-dessus d’un cours d’eau, voie de passage et de chasse privilégiée des chauves-souris, ou en entrée de grotte.

Le filet japonais classique est relativement bon marché et efficace pour couvrir de grandes surfaces, mais il nécessite un démaillage parfois délicat de chaque individu capturé. Par ailleurs, le sonar des chauves-souris est très performant pour détecter les obstacles et elles peuvent éviter souvent les filets.

 

Un autre dispositif plus original est utilisé depuis cette année par les chiroptérologues du Groupe chiroptères Rhône-Alpes (CGRA) : le « harp trap ».

 Le principe est de disposer deux nappes de fils noirs verticaux. Les rangées parallèles de fils sont tendues dans un cadre rigide, comme les cordes de deux harpes placées juste l’une juste derrière l’autre.

À la différence d’un filet à mailles fines, que les chauves-souris détectent assez souvent avec leur sonar, les animaux peuvent passer entre les rangées de fils, comme à travers la végétation. Du coup, les bêtes passent en force, persuadées que « ça passe ». Mais elles perdent de la vitesse lors de la traversée de la première rangée de fils, et s’arrêtent à la seconde, entre les deux rideaux, puis glissent en bas du dispositif. Un bac avec des poches en bas du cadre permettent de récupérer tranquillement et facilement les individus ainsi capturés, sans l’étape délicate du démaillage.

Un « harp trap » est transportable par deux personnes. Facile à régler, il est construit en tubes d’aluminium ou en inox (anti-corrosion), et se monte en moins de cinq minutes sans outils. Les montant verticaux du cadre sont télescopiques, ce qui permet de tendre les rangées de fils.

L’utilisation optimale de ce matériel se trouve être à l’entrée des sites d’essaimage (de « swarming ») où de très nombreux individus de plusieurs espèces différentes se rassemblent à l’automne.

Le taux d’évasion est faible si on peint en noir le « harp trap », pour être plus furtif. Un déflecteur astucieux empêche l’envol des individus pris dans le sac de capture.

L’inconvénient est le poids d’une douzaine de kilos, et la surface de capture réduite par rapport à un filet classique, d’environ 2,5 x 1,8 m, ainsi qu’un prix très élevé (le dispositif n’étant pas très courant). Mais il est très efficace pour les entrées de petites grottes et de mines, qui ont de petites ouvertures, et dans toutes les situations confinées.

Le CORA Faune sauvage s’est récemment équipé de ce nouveau dispositif spécial, développé depuis plus de 20 ans et maintenant bien au point.

 

Christian Rolland, Coordinateur du Groupe chiroptères Isère

LPO Info n°23