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Le « swarming »: quand les chauves-souris se rassemblent en « boîte de nuit » !

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Le « swarming »: quand les chauves-souris se rassemblent en « boîte de nuit » !

 Chaque année en septembre certaines espèces de chauves-souris se rassemblent en grand nombre dans quelques sites privilégiés : les sites de « swarming ». Ce sont des sites d’essaimage, qui sont de véritables « clubs de rencontre » où se regroupent les chiroptères. La principale caractéristique de ces sites est la présence massive de plusieurs espèces au même endroit et en même temps à l’automne, période de reproduction des chauves-souris (juste avant l’hibernation). En effet, les chauves-souris s’accouplent avant l’hiver, et la gestation reprend au printemps.

 n observe dans ces grands meetings des oreillards, des murins de Bechstein, murins de Natterer, murins de Daubenton, murins à moustaches, parfois aussi le peu connu murin d’Alcathoé, qui peut être découvert à cette occasion, des grands et petits murins, des pipistrelles. Toutefois, certaines espèces comme le minioptère qui vit pourtant en grandes colonies ne se rassemblent pas ainsi.

Parfois il peut n’y avoir qu’une seule espèce qui se rassemble. Par exemple les mines de Baulmes (au pied du Jura vaudois vers Yverdon) regroupent essentiellement des centaines de pipistrelles communes. Par contre, il y a toujours un énorme brassage d’individus d’un soir à l’autre, et une grosse majorité de mâles (>80%) aux gonades gonflées donc en phase de reproduction. Les sites d’essaimage ne semblent pas être utilisés pour l’hibernation, puisque pour certains d’entre eux les entrées sont bouchées par la neige, ni occupés de jour, mais seulement pendant la reproduction. Ce sont de véritables « boîtes de nuit » pour chauves-souris !

Les chauves-souris y arrivent massivement, une à deux heures après le coucher du soleil, parfois plus tard. Il faut donc rester jusque 1h du matin pour conclure sur un site potentiel de « swarming ».

 

Dans la région, on connaît actuellement plusieurs sites de « swarming », notamment dans le Jura (gouffre de la Pleine Lune (1430 m, dans le Jura vaudois, en Suisse), le gouffre Cathy (1500 m) et d’autres cavités dans la haute chaîne du Jura. Ce sont généralement des gouffres avec un puits vertical à l’entrée. Mais d’autres configurations topographiques existent, comme les anciens tunnels ferroviaires de Fougères (Bretagne) situés en pleine ville.

En Isère, la grotte de la Ture à Autrans (1328 m) située en pleine forêt d’épicéa est assez peu utilisée en hiver, alors qu’elle est largement fréquentée par les chiroptères lors de ces rassemblements automnaux. Ainsi, murins de Bechstein, oreillards roux, murins de Natterer et murins de Daubenton sont nombreux la nuit à cette époque dans cette cavité du Vercors. Nous ne connaissons pas encore d’autres sites de « swarming » en dehors de ce secteur de l’Isère.

 Ces rassemblements sont une formidable occasion de découvrir de nouvelles espèces, grâce à la concentration des chiroptères présents. Le marquage montre qu’on a environ 5 à 10% de recaptures seulement, donc beaucoup de passage. Ces sites privilégiés permettent également d’organiser des cours d’identification de chauves-souris, après mise en place de filets de capture, avec beaucoup d’espèces différentes observées chaque nuit.

 On ne connaît pas tout sur la phénologie du « swarming » pour chaque espèce, ni les échanges entre sites. On ignore encore beaucoup de choses également sur les effets de la météo, la taille des populations qui fréquentent les sites, mais en terme de conservation des espèces, leur rôle est majeur.

 Christian Rolland

Coordinateur du Groupe chiroptères Isère

LPO Info n°22