Les écrevisses américaines

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En juillet 2010, lors d’une prospection herpétologique de fin de journée sur la Réserve naturelle régionale des Isle du Drac, l’un d’entre nous découvrait une écrevisse dans l’un des canaux d’alimentation des plans d’eau dit de chasse barbier. Cette écrevisse attitrait le regard du fait de sa grande taille et de la couleur bleue des pattes et des articulations. Après capture, elle exhibait sous les pinces une couleur rouge vermillon. De retour à la maison et en plongeant dans les livres et sur les sites internet, il fallait se rendre à l’évidence il s’agissait d’une écrevisse américaine : l’écrevisse signal ou écrevisse du pacifique.

Description des espèces

L’écrevisse Signal (Pacifastacus leniusculus), la plus grande de toutes. Présente dans les eaux calmes des lacs et des fleuves, elle apprécie néanmoins les eaux fraîches et courantes. L’écrevisse signal est une concurrente de taille qui a une plasticité écologique redoutable puisqu’elle est capable de s’adapter à quasiment tous les milieux. De plus, elle pond chaque année de 200 à 400 œufs une fois par an, dont éclosent des larves qui colonisent chaque année 10 km de plus en aval, portées par les crues. A l’inverse, elles peuvent remonter les cours d’eau et l’on a parlé de 2 à 3 km par an en direction des têtes de bassin la précisément où subsiste encore parfois l’écrevisse autochtone.

© Pacifastacus leniusculus - David Perez
© Pacifastacus leniusculus – David Perez

Après enquête auprès de la fédération départementale de pêche, de l’ONEMA nous apprenions qu’il ne s’agissait pas d’une première découverte de l’espèce en Isère. En effet, cette espèce est présente depuis plusieurs années sur les lacs de Laffrey ce que nous montrions là c’est qu’elle avait descendu le cours de la Romanche pour remonter sur le Drac jusqu’à la Réserve.

Deux autres espèces d’écrevisses américaines sont présentes en Isère :

– l’écrevisse américaine (Orconectes limosus), au dos verdâtre et aux pointes de pinces orangées, familière des milieux médiocres, et qui produit entre 200 et 400 œufs par an. C’est de loin la plus courante, elle occupe de très nombreux plans d’eau du Grésivaudan notamment avec parfois des densités impressionnantes.

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© Orconectes limosus – Astacoides

– L’écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii), de couleur rouge, qui creuse de profonds terriers dans les berges. Celle ci support très bien les eaux polluées, riches en matière organique et pauvre en oxygène. Robuste, elle se reproduit très rapidement (trois fois plus vite que les espèces autochtones). Cette espèce est présente dans les Chambaran depuis plusieurs années sans apparemment faire preuve de velléités de colonisation des cours d’eau connectés.

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© Procambarus clarkii – Duloup

Répartition et impacts

Ces trois espèces constituent une menace importante pour l’écrevisse autochtone ; l’écrevisse à pattes blanches ou écrevisses des torrents, qui est moins résistantes et compétitives, ne supportent que les eaux pures, et dont la reproduction est moins prolifique. De plus, les écrevisses américaines sont porteurs sains d’un champignon parasitoïde, mortel pour les espèces autochtones, l’Aphanomyces astaci, qui provoque la peste des écrevisses.

Cette espèce est par ailleurs protégée et fait l’objet d’un classement en Annexe II de la directive européenne habitat (CEE/92/43). Outre l’impact sur notre écrevisse locale, ces espèces ont un grand impact sur les milieux utilisés et la faune et la flore qui s’y développe.

A titre d’exemple, elle a colonisé en moins de 10 ans les 200 km2 de zones humides du Bassin Brivet (Loire-Atlantique) et fait disparaître du site :

  • 99% de la végétation aquatique
  • 71% des genres de macro-invertébrés (insectes, mollusques, …)
  • 83% des espèces d’amphibiens
  • 52% du gibier d’eau (disparition de 75% des espèces de canards…)

Le Parc naturel régional de la Brenne vient de réaliser un film, « la Peste rouge » par Fabien Mazzocco, sur les impacts de l’écrevisse rouge de Louisiane, espèce exotique envahissante, présente depuis peu sur son territoire. L’écrevisse, protagoniste de ce documentaire de 30 minutes, fait froid dans le dos. Les images sont inquiétantes et les références à l’aquitaine où elle est présente depuis plus longtemps font prendre conscience du drame qui se déroule à l’abri des regards. Une vraie peste… pour la biodiversité

Les écrevisses américaines, et notamment l’écrevisse de Louisiane, en creusant de profonds terriers endommagent sérieusement les berges, pouvant provoquer l’effondrement de ces dernières. Par ailleurs, toutes les espèces s’attaquent à la végétation mais aussi aux œufs de poissons, des amphibiens entraînant la diminution de la production piscicole dans les étangs qu’elles occupent et la perte de diversité biologiques.

Moyens de lutte

A l’heure actuelle, aucun projet de limitation n’a été mis en place, aucune mention d’une éradication réussie n’est rapportée dans la littérature. Néanmoins, pour lutter contre cet animal redoutable, un arrêté a été pris en 1983, soumettant à autorisation l’importation, le transport et la commercialisation de l’écrevisse de Louisiane à l’état vivant. Aujourd’hui, la seule solution pour freiner le développement de ces animaux reste l’information auprès du public, afin d’éviter sa dissémination.

Le législateur à également intervenu en interdisant en France le transport d’individus vivants, la détention d’individus vivants et l’élevage. Une fois capturée et identifiées les espèces exotiques ne peuvent être relâchées dans le milieu naturel sous peine de poursuites.

Alors lors de vos prospections au bord des cours d’eau ouvrez l’œil et pas que celui qui cherche les couleuvres aquatiques à l’affut ou simplement somnolent le long des berges, ni simplement celui qui scrute les amphibiens prêt à bondir dans l’eau au moindre mouvement. Ouvrez l’œil qui verra l’écrevisse celle qui est fortement patrimoniale comme l’écrevisse à pieds blancs mais aussi l’envahissante écrevisse américaine. Des informations à collecter pour ne pas un jour regretter de n’avoir rien fait à un moment ou c’était encore possible face aux espèces invasives.

Jean-Luc GROSSI, Rémi FONTERS, Hervé COFFRE.

Pour en savoir plus

http://www.federation-peche51.com/images/stories/ecrevisse1.jpg

http://www.federation-peche51.com/images/stories/ecrevisses.jpg

http://les-ecrevisses.pagesperso-orange.fr/sous_site_a.htm