L’impact des éoliennes sur les chauves-souris

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Le Grenelle de l’environnement préconise – à juste titre – de recourir davantage aux énergies renouvelables. Hélas, il sert aussi de prétexte à la multiplication anarchique de projets de micro centrales hydrauliques, de cultures intensives de « biocarburants », de centrales solaires démesurées et autres parcs éoliens, aux impacts environnementaux parfois inquiétants. Des incitations fiscales rentables incitent en effet les investisseurs privés à développer des projets « verts », soutenus par des élus locaux et des petits propriétaires, peu regardants ou compétents en matière de protection de l’environnement, mais attirés par des retombées financières (exonération de taxe professionnelle, intérêts de placements). Les éoliennes ont pourtant des impacts négatifs majeurs connus comme le bruit, et surtout la dégradation considérable des paysages. En effet, en décuplant la taille des pales, on centuple la production d’énergie, ce qui provoque une course effrénée au gigantisme.

Les éoliennes ont aussi un lourd impact sur la faune sauvage, puisqu’elles peuvent tuer des oiseaux (migrateurs, rapaces…) et auraient encore davantage d’effets sur les chauves-souris. Les zones naturelles peu urbanisées souvent sont les plus convoitées par les projets éoliens.

A tel point que des associations de protection de l’environnement (« Vent de colère », par exemple) en viennent à s’opposent franchement à l’éolien !

Des études d’impact avant projet sont pourtant bien réalisées, mais il reste encore beaucoup à faire pour normaliser les protocoles de suivi. De plus, les bureaux d’études mandatés sont choisis et financés par les maîtres d’ouvrages des projets, ce qui peut biaiser leur indépendance.  Pour étudier la répartition des chauves-souris et leur utilisation de l’espace, plusieurs actions sont menées. Les zones de chasse des chiroptères sont repérées au moyen de détecteurs d´ultrasons avec enregistrement automatique, au sol, perchés sur des mâts de 40m, ou hissés avec un petit ballon dirigeable à 50 ou 100m de hauteur.

Ces suivis acoustiques sont complexes, car ils peuvent recompter plusieurs fois les mêmes individus. Des espèces à fréquence trop basse (Molosse, Noctules) ou trop haute (Minioptère) peuvent aussi être inaudibles pour un détecteur réglé sur 40 kHz. L’utilisation de radars est parfois envisagée, mais le coût restreint souvent l’ambition des études préliminaires. Les gîtes d’été et d’hivernage sont également recherchés, jusqu’à 10 km autour du site d’implantation des éoliennes, voire à 30 km pour des Minioptères et des Murins de grande taille qui se déplacent beaucoup.  Après mise en service des turbines, des bilans peuvent aussi être réalisés.

Ainsi, sur le parc éolien de Bouin (en Vendée) on a retrouvé des cadavres de 77 individus d’au moins 5 espèces de chauves-souris au pied des éoliennes. L’espèce la plus impactée est la Pipistrelle de Nathusius (45%), à priori seulement migratrice en Vendée. 19,5% sont des Pipistrelles communes, 7,8% des Noctules communes, 2.5 % des Sérotines communes, et autant de pipistrelles de Kuhl. 91% des chauves-souris mortes ont été retrouvées entre juillet et octobre: ce sont des individus migrateurs ou en dispersion postnuptiale.

Ces comptages sont pourtant sous-évalués, car une bonne partie des cadavres n’est pas retrouvée sous les éoliennes (consommation nocturne par des charognards opportunistes).  La mortalité calculée serait de 6 à 26,7 chiroptères par éolienne et par an, mais on a pu retrouver jusqu’à 30 cadavres en moins d´un mois… La plupart des chauves-souris tuées par les éoliennes sont pour beaucoup des espèces migratoires.

A la différence des oiseaux, les chauves-souris trouvées mortes sous les pylônes présentent rarement des traces de choc avec les pales. 90% des chauves-souris sont en fait victimes de la chute de pression à proximité des turbines, tuées par hémorragie interne (barotraumatisme) (Robert Barclay, Université de Calgary, Current Biology 26 août 2008). Les fragiles capillaires de leurs poumons éclatent lors de la dépression brutale. Le sonar des chiroptères fonctionne par écholocation et détecte pourtant très bien les obstacles, mais il reste aveugle aux chutes de pression.

Ce phénomène d’autant plus préoccupant que beaucoup d’espèces de chauves-souris sont déjà menacées. La faible reproduction (compensée par une grande longévité) des chauves-souris les rend en effet particulièrement vulnérables à ces lourdes pertes, des éoliennes peuvent donc augmenter notablement leur danger d’extinction.  Un schéma régional éolien va donc être réalisé en Rhône-Alpes pour cartographier les zones à enjeux, bien qu’il y ait encore trop peu de chiroptérologues et de connaissances face à la volonté des aménageurs.

On manque encore de recul en France, même en se basant sur les études allemandes et américaines. Mais l’accompagnement complet des projets éoliens devrait être la norme, le plus en amont possible.  Christian Rolland, Myrtille Bérenger, coordinateurs groupe chiroptères de l’Isère

LPO Info n°19 Janvier-Février 2010