Sachez les reconnaitre « Autour de la buse variable »

Laisser un commentaire
Pin It

« Autour de la buse variable, Buteo buteo »

Tout naturaliste de terrain se voit régulièrement confronté à des problèmes d’identification et c’est bien normal puisque l’ornithologie de terrain c’est d’abord de l’identification : il s’agit de mettre un nom sur l’oiseau observé. L’observateur hésite alors, lance un nom, puis retire son affirmation, reprend son bouquin d’identification, tente la photo, bref il n’ose pas conclure ; et ça arrive à tout le monde, et tout le temps… je dirais même que souvent les « vieux routiers » de l’ornitho sont plus prudents que les « petits débutants ».

En fait, les hésitations concernent des duos ou des trios, rarement plus ; on hésite par exemple entre femelle de busard cendré et femelle de busard Saint-Martin, ou bien entre fauvette des jardins et fauvette à tête noire.

La photo numérique est maintenant un outil d’aide à l’identification mais on n’a pas toujours l’appareil en main.

Dans le présent article nous allons tenter de voir les confusions possibles autour de la buse variable, Buteo buteo en période de nidification, et principalement avec la bondrée apivore, Pernis apivorus ; un seul caractère discriminant n’est pas toujours suffisant et on s’efforcera dans le doute d’accumuler les indices pour arriver à une identification certaine.

 Buse / Bondrée

 Phénologie

On peut voir des buses variables tout au long de l’année en Isère alors que les bondrées, migrateurs assez tardifs, ne nous arrivent qu’au plus tôt à la mi-avril : on sera donc très prudent pour discriminer ces deux espèces à partir de cette date. Dès la fin du mois d’août les bondrées nous quittent pour la migration qui les mène en Afrique.

 On observe ces deux espèces le plus souvent en vol, aussi voyons ce qui les distingue.

Allure générale

La bondrée donne l’impression d’avoir de longues ailes par rapport à la buse, plus massive, le vol semble plus léger. La tête est portée en avant avec un cou étroit chez la bondrée alors que la buse a le cou épais et court.

L’observation de la silhouette frontale donne des indications précieuses pour l’identification : pour faire simple on dira que la buse plane avec les ailes légèrement relevées (en « V » très aplati) alors que la bondrée a plutôt tendance à se présenter de face avec les ailes légèrement tombantes (voir dessin). Si on a la chance d’assister à la parade nuptiale de la bondrée, les hésitations tombent aussitôt: en effet, elle relève brusquement les ailes au-dessus de son corps dans une sorte d’applaudissement, ce que ne fait jamais la buse.

Plumage

Le plumage, chez la buse comme chez la bondrée, est variable, allant du sombre au pâle.

Un bon critère pour la bondrée : en vol, on distingue bien la bande marginale noire à l’arrière de l’aile. A surveiller également, les digitations: en effet, chez la buse elles sont complètement noires alors que chez la bondrée elles paraissent de couleur indécise, seule la partie terminale se trouvant noire.

La queue de la buse est plus courte que la largeur de ses ailes ; chez la bondrée la queue est plus longue: mais ce critère n’est pas toujours facile à apprécier, en revanche on note chez la bondrée adulte, outre la barre sombre terminale, une ou deux barres sombres près de la base de la queue. Comme souvent, ces critères de plumage ne sont pas évidents à apprécier en situation de terrain: c’est pourquoi, il est souvent utile d’accumuler les éléments propres à l’identification.

Une observation rapprochée de la bondrée permet cependant de détailler la physionomie de l’oiseau : la tête grise et l’œil jaune signent un adulte mâle.

        

 L’oiseau posé

On verra plus souvent la bondrée s’activant au sol : elle recherche des nids d’hyménoptères (guêpes et bourdons surtout) en marchant, courant ou sautillant. Les buses peuvent également s’activer au sol mais souvent dans les labours, à la recherche de vers, et donc en dehors de la période de nidification.

 Voix

On connaît bien le cri « miaulant » de la buse variable ; la bondrée « miaule » également mais elle se manifeste aussi par de belles modulations sifflées et pures, expression de parade amoureuse.

Autres espèces sujettes à confusion avec la buse variable dans la région.

 Circaète Jean-Le-Blanc

De grande taille par rapport à la buse, le circaète pratique souvent le vol sur place à haute altitude pour surveiller le territoire et les proies potentielles (reptiles). Vu par dessous, le circaète paraît clair la plupart du temps, et on note le contraste entre tête et corps, le plastron étant plus sombre.

Chez la buse : le bout des ailes est noir, contrastant avec le reste du plumage de l’aile, on remarque également la tache sombre du poignet. Ces caractères ne sont pas visibles chez le circaète.

 Aigle Botté

Il n’y a pas de différence de taille entre le buse variable et l’aigle botté ; en revanche il présente une silhouette d’aigle et sa main est plus fournie: 6 « digitations » au lieu de 5 chez la buse. La queue ne donne pas cette aspect rond caractéristique de la buse mais présente des « coins carrés » (ou aigüs selon la position). Un bon critère: les trois rémiges primaires les plus internes sont plus claires et font apparaître un tache distincte dans l’aile.

Jacques Prévost, LPO Info n°20

Ouvrages à consulter

. « Le guide ornitho » de Lars Svensson et coll., Delachaux et Niestlé : un grand classique pour l’identification des oiseaux d’Europe…indispensable

. « Le carnet ornitho » Aide à la prospection des oiseaux nicheurs de Rhône-Alpes, LPO Isère et CORA FS: gratuit pour les adhérents de la LPO Isère…ça vient de sortir !

. « Les rapaces diurnes et nocturnes d’Europe », Paul Géroudet, Delachaux et Niestlé

. « Flight identification of european raptors », Porter, ed. Poyser : c’est en anglais mais les dessins et photos sont particulièrement riches d’enseignements sur l’identification des rapaces européens en vol.