Sachez les reconnaitre « Histoire de fauvettes ! »

Laisser un commentaire
Pin It

Fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla)

Fauvette des jardins (Sylvia borin)

Fauvette à tête noire - Didier Collin

Nous voici en présence de deux petits passereaux de la famille des sylviidés, genre Sylvia; toutes deux sont des migratrices mais la « jardin » plus que la « tête noire »: en effet, cette dernière reste parfois dans nos régions si l’hiver n’est pas trop méchant alors que l’autre nous quitte systématiquement courant septembre pour gagner l’Afrique avec un retour dès mi-avril.

Toutes les deux ont un plumage d’une grande banalité, une vie discrète et cachée et c’est donc leur chant qui va nous aider à les différencier sur le terrain.

 Morphologie

Les deux oiseaux ont la même taille (13-15 cm) et un plumage peu éclatant. La fauvette des jardins a un plumage gris-brun verdâtre sans aucun caractère marquant et on pourra le qualifier de « neutre ». La fauvette à tête noire est plutôt grise avec un dessous plus clair, gris-olivâtre, mais ce qui la distingue de la précédente c’est la calotte, noire chez le mâle et rousse chez la femelle (et les jeunes). Citons Buffon qui nous parle des fauvettes« …mais en leur donnant tant de qualités aimables, la nature semble avoir oublié de parer leur plumage. ». Plus précisément Paul Géroudet nous dit de la fauvette des jardins « Le plus remarquable chez cet oiseau, c’est qu’il n’y a rien qui le fasse distinguer…Comme cette fauvette ne se montre guère hors des feuillages et de l’ombre, elle passerait tout à fait inaperçue si son chant n’affirmait sa présence ».

 Phénologie

Comme dit plus haut, la fauvette des jardins est une grande migratrice, et dès septembre elle rejoint ses quartiers d’hiver en Afrique dans une migration qui la mène toujours au sud du Sahara et jusqu’en Afrique du Sud; le retour des premières voyageuses se situe autour de la mi-avril, le gros des passages dans les dix premiers jours de mai. En montagne elle n’arrive qu’à la fin du mois de mai.

Les mouvements de la fauvette à tête noire sont plus compliqués; chez nous, elle n’est pas une grande migratrice et ses déplacements saisonniers sont moins importants; en revanche d’autres populations (plus orientales) font de grands voyages qui les mènent en Afrique.

Milieu naturel

Elles vivent l’une comme l’autre dans l’ombre du végétal avec une timidité plus forte chez la fauvette des jardins; contrairement à son nom, on ne trouve pas cette dernière dans les jardins mais plutôt dans les milieux boisés denses et humides en montagne(aulnaies vertes par ex.) comme en plaine. En Isère, la fauvette des jardins est plus fréquente en montagne que la fauvette à tête noire.

 Le chant

C’est vraiment grâce aux productions vocales que nous allons pouvoir tout d’abord contacter nos oiseaux, puis identifier à coup sûr l’une ou l’autre. La fauvette des jardins se montre peu en chantant mais il arrive cependant qu’on puisse l’observer sur un rameau , voire sur une branchette à quelques mètres du sol. La fauvette à tête noire est plus souvent en position d’être observée hors du buisson, mais elle ne s’éloigne guère du couvert. Le plus souvent, pour l’une comme pour l’autre, le chant provient du secret végétal, et c’est alors que l’écoute de l’observateur devient prioritaire pour l’identification !

La fauvette à tête noire a un chant puissant avec un final pur et flûté bien caractéristique, et généreusement dispensé. Le départ est souvent confus et ressemble à un gazouillis bavard indéterminé, cette partie est plus ou moins longue, parfois absente; vient ensuite le final fort et claironnant.

Le chant de la fauvette des jardins est fréquent et volubile, agréable malgré les teintes rauques; quelques roulades font parfois penser au merle noir. On dirait un ruisseau qui murmure, et il n’y a pas le motif final propre à la fauvette à tête noire; les notes s’égrènent longuement dans un flot mélodieux et doux, avec de brèves interruptions.

 Les cris

Les cris « tchek, tchek, tchek… » qui vont en s’accélérant au cœur du buisson signe la présence de la fauvette des jardins.

Ce sont plutôt des « tek, tek, tek.. » secs et bruyants, répétés en longue série chez la fauvette à tête noire; on pourrait comparer ces cris à deux pierres qu’on frapperait l’une contre l’autre.

 Pour conclure

D’une manière générale, la fauvette à tête noire est plus présente que la fauvette des jardins, notamment en plaine; en effet la fauvette à tête noire a investi la quasi totalité des milieux, on la trouve dans les jardins, dans les bois de moyenne montagne, au bords des rivières, dans les parcs etc…partout où il y a le moindre boisement. Moins secrète que la fauvette des jardins , elle se montre et clame haut et fort sa présence.

Souvent les deux espèces peuvent se côtoyer; on sera donc particulièrement vigilant dès qu’un chant paraît d’origine douteuse.

Dans un cas comme dans l’autre nous avons à faire avec des oiseaux « auditifs » plus que « visuels », profitons en pour les écouter attentivement: éducation de l’oreille, connaissance naturaliste et plaisir esthétique.

Jacques Prévost, LPO Info Isère n°21

Bibliographie

« Le guide ornitho », Lars SVENSSON et coll., Delaschaux et Nieslté, 2000

« Les passereaux d’Europe, vol.II, Des mésanges aux fauvettes » Paul GEROUDET, Delaschaux et Niestlé, 1974

« Oiseaux de Vanoise », Philippe LEBRETON et jean-Pierre MARTINOT, ed.Libris, 1998

« Le carnet ornitho » LPO Isère/CORA FS, 2010

« Handbook of the birds of Europe…, vol IV» Stanley CRAMP et coll., Oxford Un.press, 1992

« Œuvres complètes, vol. IX», BUFFON, ed.Lecointe, 1822

« Atlas des oiseaux nicheurs de Rhône-Alpes », CORA, 2003