Sachez les reconnaître « Histoire de pipits ! »

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Pipit spioncelle (Anthus spinoletta)

Pipit des arbres (Anthus trivialis)

Nous voici en été et les oiseaux chanteurs sont maintenant confinés aux altitudes ; les grandes randonnées dans le Vercors ou la Chartreuse amènent le marcheur à fréquenter les pelouses alpines et les bordures supérieures de la forêt : c’est là que le pipit spioncelle et le pipit des arbres peuvent être contactés.

 Distribution

En France, à la belle saison, le pipit spioncelle est confiné aux pelouses des montagnes ; on le trouve alors dans les Pyrénées et les Alpes essentiellement, mais aussi dans les Vosges, le Jura et le Massif Central; quant au pipit des arbres, il a une distribution beaucoup plus large et on le trouve en plaine comme en montagne, et c’est bien ce qui nous intéresse : en effet, il existe une zone, à la limite de la forêt, où les deux espèces vont cohabiter, au risque de tromper l’observateur peu attentif.

En hiver, la confusion est impossible: le spioncelle descend se réfugier dans les basses altitudes de notre pays alors que le pipit des arbres part visiter l’Afrique sub-saharienne et orientale, jusqu’au nord de l’Afrique du Sud.

 Exigences écologiques

La présence du pipit des arbres est soumise à deux critères : d’une part, des espaces herbacés dégagés où, à l’instar des autres espèces de pipits, il va rechercher sa nourriture et nicher, et d’autre part, des arbres, soit isolés soit en lisière, d’où il s’élance pour chanter et parader. C’est donc un habitant des lisières, des coupes de bois, des boisements clairsemés, et bien sûr en montagne on le trouve dans la zone de combat, là où la forêt le dispute à la pelouse.

Le pipit spioncelle est clairement un montagnard et son domaine est l’étage alpin-nival; parfois on le rencontre un peu plus bas, là où l’homme a fortement déboisé.

En Vanoise (Lebreton, 1998), la présence moyenne du spioncelle est à 2300m alors que le trivialis se cantonne vers 1400m; cependant il existe une zone de recouvrement entre 1500 et 2400 avec un maximum vers 1800-2000m. C’est donc là que l’observateur sera vigilant.

 Les critères d’identification en période de nidification

La morphologie

De taille quasi identique les deux espèces présentent un plumage différent et c’est la partie ventrale qui retiendra notre attention : nettement striée chez le trivialis, elle est unie chez le spioncelle avec une teinte crème qui tire sur le rosé. Le pipit des arbres a les pattes roses et chez le spioncelle elles sont noires. Ce dernier a un sourcil blanc et à l’envol on note les rectrices externes blanches.

Le chant

Le spioncelle chante le plus souvent en vol; il s’élève de la pelouse, entame une litanie qui va s’accélérant et prend du volume, puis c’est la descente vers le sol avec un « pit-pit-pit-pit-pit » caractéristique.

Le pipit des arbres chante de son perchoir ou bien en vol; il part le plus souvent d’un arbre pour finir au même endroit ou à côté après une descente « en parachute » où le chant s’étire dans une série descendante.

On pourra voir une représentation graphique de ces deux chants dans les trois sonogrammes qui accompagnent ce texte.

 Le comportement

Chez le pipit des arbres, les mâles se montrent dès avril très démonstratifs dans leurs évolutions aériennes. L’oiseau prend son envol d’un perchoir élevé, souvent d’un arbre, petit ou grand, monte en oblique et, en un long crescendo, émet une note répétitive ; puis pattes pendantes, queue relevée, ailes entrouvertes et tenues hautes, il redescend « en parachute », toujours chantant, soit à son point de départ, soit dans le voisinage immédiat. Il se posera en un final vocal très caractéristique se traduisant par un ‘tiaa-tiaa-tiaa-tiaa’ bien net, de plus en plus étiré.

Quant au spioncelle, citons Paul Géroudet : « …une litanie vibrante, argentine et monotone… ascension rectiligne aux battements réguliers… et descente plus rapide s’achevant en vol plané, avec le même motif pressé ».

Ces manifestations printanières débutent dès avril pour s’achever entre fin juin et mi juillet.

Pour les chants, on pourra :

  1. écouter les disques du commerce,

  2. participer à la Petite Université du Piaf de la LPO Isère (formation chants d’oiseaux)

  3. sur l’internet, visiter les sites xeno-canto ou IBC (Internet Birds Collection) : ils sont en anglais, mais le chant des oiseaux est universel !

 Observer les deux espèces facilement

En Chartreuse, monter au col de Porte puis accéder au parking du Charmant Som, 6km plus loin, nous sommes ici à 1669m d’altitude et les prairies d’alpage le disputent à la forêt s’engager sur le chemin très bien marqué qui mène au sommet de Charmant Som. Au bout de quelques minutes de montée on atteint la crête et le chemin se divise en deux : à gauche vers le sommet (fléchage jaune) et à droite à flanc dans la face est de la montagne.

Dès à présent, on peut entendre le pipit des arbres bien présent en lisière. En continuant , le chemin nous ramène vers le sommet et on traverse alors des pentes herbeuses où le spioncelle est bien cantonné. On y verra également la marmotte, le chamois, l’accenteur mouchet, le rougequeue noir, le merle à plastron et… peut-être… le monticole de roche (noté en 2009).

 LPO Info n° 22, Jacques Prévost