Sachez les reconnaitre « Les grives en hiver »

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Les grives observables en Isère sont : la Grive musicienne (Turdus philomelos), la Grive mauvis (Turdus iliacus), la Grive draine (Turdus viscivorus) et la Grive litorne (Turdus pilaris).

Avec la « mauvaise » saison nous reviennent les migrateurs hivernants ; chassés par les grands gels du nord ils trouvent refuge durant quelques mois sous nos latitudes plus tempérées. Ainsi des espèces inhabituelles nous rendent visite l’espace d’un hiver : on pourrait citer le faucon émerillon ou bien l’eider à duvet. D’autres patrouillent en grandes bandes alors que nous avions l’habitude de les voir à l’unité voire en couple : les pinsons des arbres, les pipits spioncelles, sans parler des jaseurs boréaux, envahisseurs occasionnels.

Aujourd’hui nous allons parler des quatre espèces de grives que l’on peut rencontrer en Isère au cours de l’hiver : trois d’entre elles sont visibles toute l’année et seule la mauvis ne se reproduit pas chez nous.

 Comment les identifier ?

 Par la taille

Deux d’entre elles sont petites, la mauvis et la musicienne, la litorne est de taille moyenne, quant à la draine il s’agit d’une grande grive. Pour avoir des références sachez que le merle noir se situe très près de la grive draine, alors que mauvis et musicienne ont la taille de l’étourneau. Mais la taille est toujours une difficulté pour identifier un oiseau. En effet, nous manquons la plupart du temps d’une règle graduée proche du volatile ; il faut alors trouver d’autres repères

Par le plumage

Grossièrement on dira que les draines et musiciennes sont « en noir et blanc » alors que les deux autres espèces sont « en couleur ». Toutes les quatre présentent des taches, mouchetures ou rayures sur le devant.

Grive musicienne : les taches sont comme de petits coups de pinceau sur un fond blanc légèrement ocré à la poitrine
Grive mauvis : on regarde la tête et on voit de suite une raie blanche au-dessus de l’oeil et une autre sous la joue ; les flancs et dessous des ailes sont d’une belle couleur rouille, quant aux dessins du devant ce sont plutôt des rayures.
Grive draine : taches rondes et noires sur le devant du corps qui est blanc ; on note une tache verticale blanche sur les joues.
Grive litorne : tête et nuque grises, dessous densément tacheté, poitrine roussâtre, épaules gris-roux, dos gris.

 En vol

On notera la queue courte chez la musicienne et la mauvis, les grandes taches rouille à l’aisselle chez la mauvis. La grive draine a un vol puissant, une longue queue avec des coins blancs ; quant à la litorne elle montre une queue assez longue entièrement sombre et un croupion clair, comme chez la draine le dessous des ailes est clair, mais le vol est plus mou et moins onduleux.

 Par le comportement

En hiver les litornes, mauvis et draines sont plutôt en bandes plus ou moins bruyantes et farouches. Elles s’alimentent dans les buissons à la recherche de baies ou bien au sol. La musicienne est plus solitaire, discrète et se déplace assez peu. Les grives litornes et mauvis sont parfois ensemble mais les dernières aiment la proximité des arbres et buissons, pour s’y réfugier le cas échéant. La grive draine est sans doute la plus farouche des quatre espèces ; toujours sur le qui-vive elle se préserve en côtoyant ses semblables mais avec suffisamment d’espace autour d’elle pour assurer la fuite.

 Par les cris

Nous sommes en hiver et les grives, comme la plupart des oiseaux, ne chantent pas. Les seules productions vocales qu’on leur connaisse alors, sont des cris d’alarme ou d’inquiétude, cris de contact en vol ou posé.

Les plus connus sont ceux des grives litorne et draine : leur cris d’alarme sont très sonores, dynamiques et plutôt faciles à mémoriser, c’est une vraie signature. On pourra jeter un coup d’oeil aux sonogrammes ci-contre.

© Jacques Prévost – Grive musicienne

Grive musicienne : le cri le plus fréquent est un « tsip » sorte de cris de contact ou d’appel ; le cri d’alarme est un « tac…tac…tac…tac » ressemblant à celui du merle noir mais plus doux, moins sonore ; quand le jour se fait brun, la musicienne, comme le merle, envoie des séries de « tictictictic », enfin on peut parfois entendre un « siih » très fin qui est une alarme face à un prédateur. Le contraste est étonnant entre le chant qui porte loin et les cris plutôt doux et discrets.

© Grive mauvis – Raphaëlle Bussière

Grive mauvis : au passage, les cris de contact sont des « sssihh » très fins, sifflements prolongés et légèrement rapeux, on pourra les entendre également dans leurs fuites parmi la végétation, les cris d’alarme sont des séries de rudes « trèt-trèt-trèt » ou « teuk-teuk », mais aussi des « tchiteuk…tchitik »

© Karine Drost – Grive draine

Grive draine : où qu’elle se trouve la draine se manifeste vocalement par des cris roulés « trrr…tchrrr…schrrr.. »; les divers tons et intonations qu’elle emet dans ces productions peuvent exprimer l’échange, le contact mais aussi l’alarme et la peur.

© Aurélien Audevard – Grives litornes

Grive litorne : le cri est bien connu, c’est le « tjactchactchactchactchactjac » qu’on entend dans les bandes de litornes qui jacassent et ça n’est pas pour rien qu’on l’appelle localement la Tiatia ! Mais elle émet également d’autres cris qu’on découvrira dans la littérature mais surtout en visitant le site http://www.xeno-canto.org ; il s’agit d’un site où les passionnés de sons mettent en commun leurs enregistrements d’oiseaux du monde entier, on y trouve aussi des actualités et des sonogrammes.

Dans nos sorties hivernales, nous allons rencontrer des grives ; sans doute les draines et les litornes seront les plus présentes, il faudra chercher un peu plus les grives mauvis promptes à se réfugier dans la végétation (haies et lisières) ; quant à la musicienne, il faudra sérieusement tendre l’oreille dans nos balades au bois.

Pour en savoir plus on ira piocher dans les bonnes lectures : la série des Géroudet, mais aussi le Guide ornitho ; on écoutera les disques et on se jettera sur le site xeno-canto.

Jacques Prévost