Sachez les reconnaître: « les oies et les grues en migration »

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logo_sans_sclDès le mois d’août les grandes manœuvres de la migration se déclenchent: martinets, et milans noirs ouvrent le bal, bientôt suivis par les bondrées puis les cigognes blanches et toute la cohorte des voyageurs au long cours.

Beaucoup vont vers l’Afrique mais d’autres se limiteront à un parcours européens se contentant de quitter des terres hostiles en hiver pour se poser ici et là dans l’Europe du sud plus accueillante: les Grue cendrée Grus grus et Oie cendrée Anser anser en sont un bon exemple.

Le ciel de l’Isère n’est certes pas le meilleur endroit pour observer la migration de ces deux espèces mais tous les ans on observe des vols, et de plus en plus fréquemment.

Généralités

La lecture d’une carte montre clairement que les axes de migration des grues (voir doc 1) et oies (voir doc 2) sont plutôt à l’ouest.

 migration grue cendrée

migration oie cendree

En effet, le gros du passage de Grus grus rallie le Pays basque en venant de la Lorraine et en passant à l’ouest du Massif central.

Seuls de grosses perturbations météorologiques ont une réelle incidence sur ce trajet habituel: en novembre 1982 une très grosse tempête, avec de forts vents de sud-est, a envoyé les grues visiter la Bretagne, quelques unes sont même allés prendre des leçons d’anglais.

Le mouvement migratoire, pour une grande part, est une réponse comportementale à des stimulations extérieures agissant sur des dispositions innées.

Le raccourcissement de la durée du jour stimule l’instinct migratoire et les rassemblements de pré-migration s’organisent, les grandes troupes attendent alors le signal du grand voyage et ce sont les conditions météo du moment qui commandent: temps clair conséquence d’une haute pression centrée sur l’Europe du Nord … ce qui ne préjuge en rien du temps qu’il fera plus loin et plus tard.

Mais revenons aux axes migratoires habituels ! Les vallées du Rhône et de l’Isère restent peu empruntées mais les sites d’hivernage évoluent; on note maintenant un hivernage régulier en Camargue et ces oiseaux viennent soit du nord soit de l’est (31 oct 2009, 72 grues cendrées survolent le Mercantour direction ouest).

L’axe migratoire d’Anser anser est également situé dans l’ouest de notre pays mais tous les ans de petits groupes survolent notre région.

Dates de passage

Les grues cendrées quittent leurs zones d’hivernage pour traverser la France dès la mi-février et jusqu’au début du mois de mars; ce passage pré-nuptial semble plus ramassé dans le temps que celui de l’automne (octobre-novembre, en deux à trois vagues, selon conditions météos).

Les oies cendrées remontent vers le nord dès la fin du mois de janvier et jusqu’à la mi-mars. Le passage post-nuptial s’étale de septembre à la mi-décembre, généralement en deux vagues (2e quinzaine d’octobre et mi-novembre).

Remarque: le passage pré-nuptial des oies semble se décaler dans le temps, il a gagné en précocité deux semaines entre 1980 et 2006.

grues cendrées (3) oie cendrée

Comment les reconnaître

Les cris de vol Lors d’un passage, c’est souvent la première chose qu’on peut noter: un bavardage vient du ciel !…

Les grues émettent en vol un cri régulier qui permet au groupe de rester en contact: on peut traduire ce cri par « KRROU » ou « GRRUU »; chez un même individu il est répété toutes les 10-15 secondes ce qui produit dans les grandes bandes en déplacements un tintamarre incessant; on peut entendre, mêlés à ce fond sonore puissant les cris aigus des jeunes « PYIRP » .

Les oies , quant à elles, produisent en vol un cri nasillard et sonore qui est tout-à-fait comparable à celui des oies de nos basses-cours.

Les formations en vol Grues et oies forment des vols dits « en V », sans doute plus réguliers chez les oies car leur vol est plus direct.

Les grues cendrées rompent régulièrement la formation pour prendre de l’altitude à l’occasion d’ascendance d’air chaud, ce que ne font pas les oies cendrées. Elles reprennent ensuite leur trajet dans la direction initiale mais dans une configuration un peu plus lâche.

L’altitude au dessus du sol est très variable. Les battements d’ailes sont identiques quant au rythme (3 par seconde environ) mais différents dans le mouvement: l’aile de l’oie en vol paraît plus raide que celle de la grue qui donne une impression de souplesse.

On pourra consulter le site « Internet Bird Collection » pour des images vidéos de ces deux espèces en vol. Silhouette des oiseaux en vol La grue cendrée a un port d’échassier et en vol on peut voir les pattes dépasser de la queue: les pattes de l’oie cendrée ne dépassent pas. L’aile de la grue cendrée est bien digitée ce qui n’apparaît pas chez les oies.

Pour la migration post-nuptiale les grues cendrées sont très sensibles aux modifications de la météo et le passage d’une dépression à un anticyclone sur le nord-européen déclenche généralement le grand départ , il suffit donc de surveiller l’évolution des fronts anticycloniques dans la période octobre-novembre pour augmenter ses chances de voir passer les grands oiseaux gris.

Mais la meilleure opportunité pour l’observation des grues cendrées reste les abords du lac du Der (weekend organisé par la LPO Isère du 20 au 22 novembre, s’inscrire par mail : isere@lpo.fr ou téléphone 04 46 51 78 03), en Champagne; là, passent ou hivernent des dizaines de milliers d’oiseaux.

Elles sont nombreuses à passer la mauvaise saison dans les Landes près de Captieux, un bon millier dans la Brenne et ici ou là quelques centaines (Camargue, baie de l’Aiguillon, …)

Jacques Prévost

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