Droit et nature : autour du loup en Isère

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Depuis l’Italie, le loup est revenu naturellement dans les Alpes-Maritimes en 1992, puis en Isère depuis 1995. La population est estimée à environ 300 individus en France. Il est cependant difficile de connaître le nombre exact d’individus présents car l’espèce est plutôt discrète et occupe de très grands territoires (120 à 200 km² en moyenne). L’ONCFS* estimait qu’au cours de l’hiver 2014, deux meutes étaient établies en Isère, une meute de 6 loups dans le Vercors et une autre dans Belledonne.

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© Thomas Cugnod

La répartition spatiale des attaques sur les troupeaux domestiques d’ovins est donc située globalement dans le Sud Isère. Mais le loup se déplace beaucoup, notamment au printemps et au début de l’été lors de la dispersion des jeunes ; il provoque ainsi des dégâts là où on ne l’attend pas. La localisation des dommages peut être très différente d’une année sur l’autre. Cette année, dans le département de l’Isère, il y a eu 130 attaques déclarées pour lesquelles 102 ont été imputées au loup (après constats par l’ONCFS) permettant ainsi d’indemniser 438 ovins.

En 2014, il y a eu 108 attaques dont 92 ont été imputées au loup pour 999 ovins (source DDT Isère**). Ce chiffre important est lié au dérochement d’un troupeau d’ovins non protégé (Ordonnance du tribunal administratif de Grenoble 1er août 2014) dans un alpage exposé du Taillefer en juillet 2014.

En Isère, il y a depuis plusieurs années une volonté de concertation et d’écoute entre les différents acteurs : services de l’Etat, éleveurs/bergers et associations de protection de la nature. Afin de protéger les troupeaux, le triptyque enclos, chien de protection et présence humaine a montré son efficacité. L’arrivée du loup a obligé les éleveurs et bergers à s’adapter. C’est pourquoi les indemnisations et aides de l’État (1,1 millions d’euros en 2014) sont essentielles à cette dynamique et doivent être poursuivies.

Face à la surenchère de certains éleveurs, l’État répond hélas par des mesures à court terme qui ne résoudront en rien les problèmes que connait le pastoralisme. De juillet 2015 à juin 2016, 36 loups au moins ont été tués sur le territoire français ! Or les études scientifiques (PLOS ONE) démontrent que tuer des loups ne diminue pas les attaques sur les troupeaux. Au contraire, les tirs létaux désorganisent et perturbent la cohésion sociale de la meute qui se tourne alors vers les proies les plus faciles.

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© Denis Simonin

L’objectif de la LPO est la présence pérenne du loup en France via la mise en place d’une politique de conservation favorable, incluant le soutien à un pastoralisme durable. Pour cela il est essentiel que l’emploi des moyens de protection soit maintenu et généralisé avec l’appui de l’État. Il est indispensable de ne pas autoriser des tirs létaux du loup lorsque les troupeaux ne sont pas ou pas assez protégés. La possibilité de destructions d’individus doit rester une réponse ponctuelle, dérogatoire et graduée et non une fin en soi car le loup est une espèce protégée qui joue un rôle important sur le plan écologique. A ce titre, la pression de prédation qu’il exerce sur les ongulés sauvages doit être prise en compte à sa juste valeur dans les équilibres agro-sylvo-cynégétiques ; le cerf, le chamois, le mouflon, le chevreuil, le bouquetin et le sanglier constituant ses proies principales (sources ONCFS).

* Office national de la chasse et de la faune sauvage

** Direction Départementale des Territoires de l’Isère

LPO Isère

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