Sachez les reconnaître : Bouquetins et chamois

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Ils peuplent nos montagnes. Nous autres, Dauphinois, nous les croisons souvent au cours de nos sorties naturalistes et nous sommes sensés les identifier au premier coup d’œil et à grande distance, à faire le tri entre jeunes et adultes et à y retrouver mâles et femelles. Il se trouve que pour beaucoup d’entre nous c’est trop facile et pour tout dire peu glorifiant dans la collecte des données de terrain : c’est dommage, et je pense qu’il ne faut pas laisser ces espèces aux contes pour enfants ou à la seule gestion cynégétique. Aussi allons-nous entamer une petite leçon de rattrapage !

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Différencier bouquetins et chamois

Laissons parler Robert HAINARD, grand observateur de mammifères

« Bâti tout autrement que le chamois, le bouquetin a une allure bien différente. Tandis que le premier, aux membres longs et bien dégagés se coule à grands pas, avec souplesse, le bouquetin se déplace dans les rochers plutôt par sauts à pieds joints, raides et précis »

  • Morphologie . La forme générale des deux espèces permet de faire le tri assez rapidement : le chamois est plutôt élancé et gracieux, alors que le bouquetin présente un corps massif et puissant, aux membres courts. La tête du chamois présente un masque noir et blanc quand le bouquetin a un pelage uni, mais une barbichette (chez le mâle).

    1. Poids : 75-110 kg pour le bouquetin et 40-50kg maximum pour le chamois

    2. Hauteur au garrot : 67-85 cm (bouquetin) et 70-86 cm (chamois)

  • Les deux espèces possèdent des cornes et c’est cet élément qui facilite l’identification surtout chez les mâles : en effet, les cornes de bouquetin deviennent vite, avec l’âge, formidables quand celle du chamois ont une croissance minimale et le doute n’est alors plus permis (voir croquis)

  • Comportement : en Isère, les deux espèces, fréquentent la montagne et s’y montrent fort agiles ; malgré son aspect massif c’est le bouquetin qui présente le plus de témérité dans les rochers, alors que le chamois va plus volontiers vers la neige.

  • Milieu : le chamois est parfois forestier comme en Chartreuse ce que le bouquetin n’est pratiquement jamais ; on peut trouver les deux espèces jusqu’à plus de 3000m d’altitude.

Le bouquetin des Alpes – Capra ibex

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Mâles et femelles : comment les différencier

Comme il est dit plus haut les mâles adultes portent des cornes de très grande taille et marquées de bourrelets, ce qui n’est pas le cas chez les femelles.

A partir de l’âge de 2 ans, le dimorphisme sexuel est suffisamment marqué pour que la détermination des sexes soit possible dans la nature.

Avant cet âge, la détermination du sexe est plus délicate et repose essentiellement sur un examen attentif des cornes, plus épaisses à la base chez les mâles, tandis que celles des jeunes femelles sont plus minces et dépourvues de bourrelets.

Chez les cabris, la reconnaissance des sexes est impossible avant 5-6 mois et reste très difficile jusqu’à 1 an.

Evaluer l’âge des bouquetins

Il n’est pas facile de déterminer l’âge d’un bouquetin avec précision. On peut cependant distinguer plusieurs classes d’âge :

La première classe, commune aux deux sexes, rassemblent les sujets de moins d’un an (cabris). Ils se caractérisent par leur petite taille, une silhouette infantile et leurs cornes qui ne dépassent guère les 15 cm.

La deuxième classe : à partir de leur deuxième année, la différenciation est possible. On peut donc distinguer :

  • chez les mâles : les éterlous (sujets de 2 ans) de taille intermédiaire entre cabri et adulte, avec des cornes mesurant une trentaine de centimètres. Chez les adultes ensuite, la longueur des cornes permet de reconnaître les bouquetins de troisième année (cornes de 40 cm, environ), les individus de quatrième année (cornes de 50 cm) et ceux de cinquième année et plus (cornes égales ou supérieures à 60 cm).

  • chez les femelles : les éterles ont une taille intermédiaire entre celles du cabri et de l’étagne (femelle bouquetin adulte), avec des cornes ne dépassant pas les 20 centimètres. La troisième classe rassemble les femelles de 2 ans et plus, impossible de dissocier tant que l’animal n’est pas en main, du fait du ralentissement important de la croissance des cornes.

Concernant les mâles adultes, l’estimation de l’âge peut être beaucoup plus précises. Il faut pour cela compter les anneaux d’âges, très marqués chez la plupart des individus (et non les nodosités comme on le croit souvent), ce qui rend possible leur décompte par un observateur situé à faible distance et muni d’une longue-vue à fort grossissement

Comportement

Chaque année, le rut a lieu en décembre, mais la hiérarchie chez les mâles se met en place tout au long de la vie des animaux, et les affrontements, pour spectaculaires qu’ils soient, restent peu violents à cette période.

Le chamois des Alpes – Rupicapra rupicapra

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Mâles et femelles : comment les différencier ?

L’aspect général de animaux permet d’avoir une première idée sur leur sexe : en effet, comme pour la plupart des ongulés, les femelles paraissent plus légères, plus petites et la masse du corps se trouve plutôt dans la partie postérieure du corps ; le mâle, quant à lui, est plus massif, il a de l’encolure et ces critères sont d’autant plus visibles en période de rut (novembre), on voit alors nettement son « pinceau » pénien et sa crinière érectile très apparente.

Mais regardons les cornes : de face, elles sont parallèles chez le mâle et plutôt divergentes chez la femelle ; de profil, elles forment crochets en se recourbant pour ce qui est du mâle, mais ne présentent pas généralement ce caractère chez les femelles. Ces critères sont à manier avec prudence car il existe des formes intermédiaires.

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C’est un ensemble de critères convergents qui permettra de faire une identification solide quant au sexe de l’animal.

Quel est l’âge du chamois observé ?

De la naissance à la fin de vie, on regroupe les chamois dans trois classes d’âge : ce classement s’applique à l’automne car tous les animaux portent des cornes.

  • les chevreaux : de petite taille, ils portent des petites cornes droites, ce sont les animaux de 1ère année.

  • Eterles et éterlous : de 2ème année, ces chamois portent des cornes qui approchent la hauteur des oreilles ; la taille est proche de celle des adultes mais la silhouette encore jeune.

  • Adultes (et pré-adultes) : de 3ème année et plus, on voit nettement les cornes dépasser les oreilles.

Sur le terrain, il est difficile de donner un âge précis aux adultes : cependant la couleur du pelage (plus ou moins clair), la silhouette (échine creusée) et le comportement de solitaire peut indiquer qu’on est en présence d’un animal âgé.

Comportement

Femelles et jeunes forment souvent des hardes avec une cellule de base : femelle, éterlou (ou éterle) et chevreau. Les mâles adultes , sauf en période de rut, se trouvent plutôt à l’écart de ces regroupements, ils sont parfois solitaires.

Les jeux sont le faits des chevreaux (cabrioles, courses, luttes) et dans une mesure moindre des éterles et éterlous.

Auteur : Jacques Prévost

Crédits photos : Alain Gagne, Paul Boudin, Arnaud Foltzer et Guy Bourderionnet

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