Reportage : les coulisses de la campagne amphibiens !

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Les migrations de 2018 en chiffres et en images

La campagne de protection des amphibiens, qui a commencé en février, dévoile ses premiers chiffres. Cette année, sept sites sont suivis, dont deux équipés d’un passage à petite faune (PPF) installé à Entre-Deux-Guiers en 2017 et à Charavines en 2015. Pour ces derniers, le travail consiste juste à comptabiliser et déterminer les espèces qui les empruntent durant la période de migration.

Pour le moment, on comptabilise 41 crapauds communs ayant emprunté le PPF à Charavines et 29 crapauds communs, 14 grenouilles rousses et 1 triton alpestre à celui d’Entre-Deux-Guiers ! Sachant que les relevés ont commencé il y a environ deux semaines, cela présage de belles suites !

Passage à petite faune, Charavines
Amplexus de crapauds communs mâle (au-dessus) et femelle, Entre-Deux-Guiers

Les chantiers d’installation de barrières de capture ont été réalisés lors de sorties avec des bénévoles ou avec des classes. Les sites, au bordures des routes, restent dangereux malgré la signalisation de la présence d’un chantier, car les voitures ne ralentissent pas pour autant! Parfois, il faut ignorer les klaxons et les remarques malvenues…
Cependant, cette proximité d’un axe de passage permet de répondre aux questions d’automobilistes, cyclistes et piétons qui s’arrêtent pour avoir des infos sur la campagne amphibiens et savoir s’ils peuvent venir un matin pour assister aux relevés. Un petit garçon en ballade avec ses grands-parents nous a avoué trouver les amphibiens « dégoûtants », mais il les adore maintenant !

Installation à Bilieu

J’ai eu l’occasion d’assister à une sortie destinée à constater l’efficacité des barrières. Malheureusement, le temps très froid et sec n’avait pas été propice à la migration des amphibiens durant la nuit. Nous avons pu faire traverser la route à seulement un crapaud commun et deux tritons alpestres (alors que parfois les seaux de récupération débordent!). Cette sortie fut très intéressante, autant du point de vue herpétologique, que de celui de l’aménagement du territoire. On se rend vite compte de la complexité du projet, ne serait-ce que par le fait que les crapauds communs, espèce passant une grande partie de sa vie sur la terre ferme, resteront seulement une quinzaine de jours dans la mare…
Cette campagne est également tributaire de la météo. Par exemple, aucun amphibien n’a entamé de migration durant une vague de froid qui a duré entre 10 et 12 jours en fonction des sites !

Bilan des migrations :
Moras : (852 amphibiens capturés) 537 grenouilles agiles, 245 crapauds communs, 70 tritons palmés (données datant d’une semaine, les 1000 individus sauvés ont été atteints le week-end du 17 mars).
Chirens : (474 amphibiens capturés) 288 crapaud communs, 116 grenouilles rousses, 14 grenouilles agiles, 39 triton alpestres, 15 tritons palmés, 1 triton crêté (femelle), 1 salamandre tachetée.
Bilieu : 196 crapauds communs.

Crapauds à Chirens
Salamandre tachetée, Chirens
Triton alpestre, Chirens

Le passage de la déneigeuse sur les routes des sites de Chirens et de La Combe-de-Lancey, dont je vais vous parler maintenant, cause bien des soucis ! Les amphibiens ne sont pas des victimes directes de cette neige repoussée dans les fossés, car ce sont des animaux à sang froid qui ont une adaptabilité au milieu très rapide. Leur métabolisme se ralentit face à des températures basses. En revanche, les barrières ont dû être rafistolées systématiquement…

Le site de Notre-Dame-de-l’Osier est sûrement le plus riche en espèces. On y retrouve 10 espèces sur les 14 présentes en Isère ! La migration y est très importante, notamment due au fait qu’elle regroupe les amphibiens dans une mare temporaire et par conséquent sans poissons (donc ayant un taux moindre de prédation).
Un passage à petite faune devrait être mis en place prochainement, étant donnée son importance dans le maintien de la biodiversité.
Voici les données du site : 840 crapauds communs, 10 pélodytes ponctués, 42 grenouilles rousses, 67 grenouilles agiles, 2 salamandre tachetées, 136 triton palmés, 67 tritons alpestres, 145 tritons crêtés (espèce très importante protégée au niveau européen). Le total est de 1354 amphibiens sauvés pour le moment, sachant que le sonneur à ventre jaune (présent sur le site) n’a pas encore entamé sa migration pré-nuptiale (qui commence entre mi et fin avril).

Installation à Notre-Dame-de-l’Osier
Pélodyte ponctué mâle, à Notre-Dame-de-l’Osier

Un site se détache des autres par le projet final : déplacer une population d’amphibiens d’une mare à l’autre ! En effet, une mare étant en cours de comblement, plusieurs mares de « remplacement » ont été creusées (du bon côté de la route !). L’opération de sauvetage consiste à placer les amphibiens migrants dans ces nouvelles mares.
Il est déroutant de voir les crapauds et les grenouilles être piégés dans les seaux à quelques dizaines de centimètres d’une mare accessible. Certaines espèces reviennent se reproduire dans leur mare de naissance et leur instinct les trahit rarement ! Les « nouvelles » mares étant en place depuis 4 ans, on constate cette année un grand nombre d’individus souhaitant y retourner pour se reproduire. Ces derniers sont les premiers amphibiens à être nés dans ces nouvelles mares (la maturité sexuelle des amphibiens étant en moyenne de trois ans).

Bilan de la Combe-de-Lancey : 3 crapauds communs, 2 grenouilles agiles, 172 grenouilles rousses, 8 tritons palmés et 8 tritons alpestres

Les nouvelles mares, Combe-de-Lancey

 

Clotilde Niemi, service civique « vie associative » à la LPO Isère

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